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08/12/2008

Pari sur la vie

J'ai plongé. Sauté dans le vide, cet Inconnu avec un grand "I". J'ai foncé, un peu dans le mur, me suis relevée et ai à nouveau avancé. Droit devant, toujours plus loin.

J'ai accepté d'entrer dans une étude scientifique. Je sers les autres, ceux-là qui ignoreront d'ici quelques années le lien handicap-sclérose en plaques. J'ai avalé consciencieusement des pilulles, minuscules, blanches. Des bonbons. Pas de goût. Ils ne ressemblent à rien. Et je suis tombée sur le placebo.


Aucun effet secondaire, mon bonbon. Une molécule, une facilité, inconscience folle : et si, et si...


Le "si" est arrivé quelques mois plus tard. Période noire, chômage, fatigue, je ne parviens pas à émerger de ce marasme visqueux. Je suis dans des sables mouvants qui me bloquent, m'avalent, m'engloutissent et m'étouffent. Je pars en vacances pour tenter d'oublier. Avec ma mère et ma soeur. Nous alternons la conduite, la route est longue. Je vois double, ma vue se trouble. Je conduis en sursautant à la vue des deux camions dans le rétroviseur, non, il n'y en a qu'un. Mon cerveau m'en joue des bonnes. Je passe une semaine très difficile : je traîne un corps fatigué, ma vue est brouillée. Je ne parviens pas à me sentir bien une seule fois. Mais je ne dis rien. Je ne l'admets pas moi-même, je ne le raconte à personne. Quand je rentre chez moi, je m'effondre toute seule dans mon lit.


Fin mars, le printemps tente des percées dans l'hiver qui se traîne. Comme moi. Rien ne va, rien ne bouge. Marasme. Je me lève un matin et ça revient. Ma vue. Ou plutôt, elle part. Ma vision n'est plus seulement double, elle est comme éteinte. Mon oeil s'est endormi. Je téléphone à mon neurologue, "j'arrive, j'ai une poussée". Pas de pleurs, on s'habitue vite à la douleur, dit-on, psychologique aussi. Mon docteur se montre confiant, il a raison, il sait aussi. Et moi je sais que j'ai reçu le placebo. Pas besoin de preuve, nous sommes, chose ironique, tous deux "aveugles". L'étude est en double aveugle. Mais nous en discuterons par la suite. Il "voit", mes prises de sang, mes résultats neurologiques.


J'ai pourtant pris le médicament. Bien après. Je me suis remise de ma poussée, j'ai toujours pensé que je m'en remettrais. Je suis une battante, je l'ai déjà dit! Mais jamais je n'ai eu peur du placebo. Puis la première phase de l'étude s'est terminée, et je suis entrée dans la seconde. Et si j'avais le placebo dans la première partie, je devais recevoir une dose du vrai médicament dans la deuxième. Alors, je l'ai reçu à ce moment-là. Je n'ai eu aucun effet secondaire, rien qui n'indique que mon corps a bien ingéré un immuno-suppresseur assez fort, si ce n'est l'absence divine de mes allergies au pollen.


J'ai reçu le médicament et il fonctionne bien. Mes symptômes ont disparu. Plus de décharges électriques dans la nuque, plus de crampes dans le bras, plus de vue floue... Mais voilà cette étude qui prend fin. J'ai un projet bébé, parfaitement calculé, médecine oblige. Après... Après, je ne sais pas. Je compte sur la chance, elle m'a toujours accompagné dans les moments durs.

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