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26/04/2009

Jalousies

La maladie insouffle de nouveaux sentiments. Indéniablement. Déni, colère, stress, lassitude. Espoir, positivisme, combativité, relativisme. Et jalousie. Je suis jalouse.

Ma belle-soeur a tout pour être heureuse. Je reconnais que cette expression est stupide. Car le moindre problème est un problème pour la personne qui le vit. Point.

Cependant, je suis persuadée que certaines existences sont davantage marquée par la difficulté. Avoir un cancer avec un pronostic de mort éventuelle est pire que la sclérose en plaques. Etre née fille dans certains pays est pire que ma situation, malade ou non. Ma forme de sclérose en plaques est moins grave que celle d'une autre personne. Je reconnais ma chance.

Ma belle-soeur a un bébé. Sa grossesse, bien que d'un point de vue strictement médical, s'est bien déroulée. D'un point de vue personnel, je ne pense pas qu'elle l'ait ressenti de la sorte. Elle est pourtant tombée enceinte quand elle l'a désiré. N'a pas eu de difficultés particulières. Des nausées, de la fatigue, des insomnies. Mais rien d'insurmontable. A mon sens.

Elle s'est pourtant plainte. Je veux tomber enceinte, mais ça n'arrive pas comme ça. J'ai peur avant, et j'anticipe une éventuelle poussée de la maladie après la naissance. Si je ne tombe pas enceinte endéans un an, nous devrons envisager un traitement avec mon neurologue.

Je suis jalouse des gens qui ont tout pour être heureux et qui se plaignent.

Une amie me parle de son projet de devenir écrivain. J'ai toujours ce désir depuis l'enfance. Ecrivaine, je disais. Je lui demande si elle lit. Non.

Je suis jalouse.

La maladie m'a volé une partie de mes rêves.

Je sais que je peux les réaliser malgré tout. Mais déjà, vivre normalement relève de la difficulté. J'ai mis mes rêves de côté. Je sens la rancoeur en moi.

La maladie brasse des sentiments. Beaux et laids. Tous ne sont pas nôbles.

01/04/2009

Double vie

Je dis hier à mon compagnon que je mène une double vie. Il nie, je suis normale. Mais le sentiment ne me lâche pas. Tous les jours, lorsque mon réveil sonne, j'ouvre les yeux et fixe la fenêtre. Cinq minutes pour émerger dans la réalité, cinq minutes pour m'insuffler du courage.

Je pose le pied par terre et mes idées me laissent tranquille. J'oublie la difficulté (vivre normalement!) car je suis en retard. Je cours pour prendre le bus, le train. Déjà je ne suis plus seule et le monde m'entoure. J'affiche ma deuxième vie, celle d'une jeune femme "normale".

De temps en temps se rappelle à ma mémoire mon mensonge. Je suis fatiguée, mais c'est parce que je suis allée dormir tard hier. Mon collègue me parle de ses insomnies, je compatis. Cela doit être difficile à vivre. Parfois, j'entends des bribes se raccrochant à mon autre vie, "... comme avoir un cancer ou une sclérose en plaques". Quelqu'un parle, il ne sait pas. J'ai la tête dans l'eau et le brouhaha de la piscine me parvient, mais comme étouffé. Je dois reprendre de l'air. Et là, le bruit de l'univers qui m'entoure devient assourdissant. Je replonge dans ce monde aquatique si rassurant. Alors, je fais semblant de rien. "Oui, avoir un cancer ou une sclérose en plaques, ça doit être difficile."


Parfois, j'ai envie de crier : "J'ai une maladie!". Mais j'évite. Et je mène ma double-vie.


Mon compagnon n'est pas d'accord. Selon lui, c'est juste une part de ma vie que je ne dévoile pas. On ne doit pas dire tout à tout le monde, c'est la même chose pour les autres, eux aussi ont des secrets. Jouer sur les mots, la réalité est la même : le soir, quand je rentre chez moi, je redeviens celle qui est malade. Le matin suivant, je suis une personne comme une autre, la tête sous l'eau. Peut-être vais-je me noyer?


Je mène une double vie, pas celle des romans. Il m'est déjà arrivé de dévoiler cet autre pan : "Je voulais te dire que j'ai une maladie grave. Je vis avec depuis 9 ans maintenant, et ça va, même si ce n'est pas évident non plus. Je voulais te le dire...". Réactions choquées : comment ai-je pu cacher cela alors que nous nous connaissons si bien? Ah, je comprends mieux maintenant que tu étais toujours fatiguée! Je pensais que nous étions plus proches que ça...


Je mène une double vie et je me mens à moi-même. Il y a des matins où mes idées ne me laissent pas tranquille.