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05/11/2008

A la traîne

Je me prélasse, me traîne, rampe. J'avance à contre-courant dans la vie, pause, m'arrête. Plus jeune, je faisais souvent ce rêve étrange où je volais en nageant. Je ne parvenais pas à m'élever plus qu'un mètre à peine et je brassais l'air sans monter plus haut ou sans aller plus vite. Etait-ce prémonitoire?

Aujourd'hui, il s'agit d'une impression de "déjà-vu" qui me colle à la peau, métaphore de mon existence qui jamais n'avance...

Mon divan est devenu mon lieu de prédilection, mon assise journalière. Il m'arrive certains matins de me lever, m'habiller, pour ne passer ma journée que dans ce vieux divan en cuir usé. Je regarde la télé, je dévore des livres ou je surfe de site en site, l'ordinateur vissé sur les genoux. Une vie par procuration, je ne parviens pas à m'inscrire dans le rythme des autres. Ah, ces autres! "Marche ou crève", écrit Stephen King. Encore une métaphore, je suis abandonnée sur le bas-côté de la route. Presque morte, je n'ai pas de consistance.

Je ne parviens pas à entrer de plein pieds dans la vie réelle (Je ne parvenais pas à m'élever plus qu'un mètre à peine...) : je reviens de vacances, trois semaines au soleil, au calme, loin des soucis, santé, chômage, déprime, automne. Pourtant, pourtant. Mon compagnon s'irrite de ma mauvaise humeur, "Eh, on est en vacances!", non, je n'y suis pas! Le moindre obstacle me semble si gros, si haut et je vole si bas (... je brassais l'air sans monter plus haut) et je suis si lente (... sans aller plus vite).

Avec la maladie, il y a la fatigue. Une fatigue lourde, péjorative, incomprise. Je me traîne souvent, je dors, je rêve. Me voilà à nouveau embarquée dans une autre vie, ce n'est pas la réalité! Je la subis un temps puis je décide de la maîtriser. C'est difficile. Un cercle vicieux : je suis malade et donc fatiguée. Si je suis trop fatiguée, je serai encore plus malade. Ainsi de suite. 80% des personnes atteintes de sclérose en plaques souffrent de fatigue. Mon handicap n'est autre que ce nouvel ennemi. Alors, je dors.

Je décide de ne pas me fatiguer plus que cela. J'oriente différemment mes rêves et mes envies puis je réalise ma tromperie, mais trop tard. Je perds du temps, ma carrière. Alors je suis en colère. Puis je déprime : mauvais choix, je suis sans travail. Mes journées sont trop longues dans mon divan. Je les écourte en dormant plus. Et je rêve à nouveau. Ce matin, je me noyais... Freud, quelle est la clé qui ouvrira la porte de ma vie?